tto___la_world_companyMalgré tous mes mauvais côtés qui ne manquent pas de décourager nombre de mes contemporains, il est bien quelque chose qui est constant : j'ai du relief et je ne suis pas transparent.

Quiconque travaille avec moi le sait bien ... Ainsi, j'ai des marottes sur lesquelles me côtoyer souvent permet d'anticiper ...

Ainsi, depuis des années quand elle m'entend pénétrer dans son bureau, ma secrétaire s'attend forcément à ce que je commence ma phrase non par un simple "bonjour" tellement convenu et commun que ce serait presque comme de l'aspartame dans un bon chocolat chaud qui n'aurait pas mérité ça, mais par une tirade dont j'ai le secret. Cette tirade répond toujours à la même construction : son prénom + "vous qui êtes à la World Company ce que" + création du jour que je trouve toujours moins de trois secondes avant d'ouvrir sa porte + ", c'est à dire indispensable/essentielle/déterminante/un exemple ...". Bah oui ... elle est persuadée que je les prépare [comme si je n'avais que ça à faire], sauf que non ... Résultat, ma pauvre secrétaire a eu droit à tout :
- ... vous qui êtes à la World Company ce que la muraille est à la Chine ...
- ... vous qui êtes à la World Company ce que la frangipane est à la galette ...
- ... vous qui êtes à la World Company ce que Johnny Hallyday est à Jean-Claude Camus ...
- ... vous qui êtes à la World Company ce que les bottes en caoutchouc jaunes sont à la Bretagne ...
- ... vous qui êtes à la World Company ce que l'absence de chemise et de pantalon est à Rika Zaraï
- ... vous qui êtes à la World Company ce que Carlita est à Naboléon ...
- ... vous qui êtes à la World Company ce que le mouton est à Panurge ...
- ... vous qui êtes à la World Company ce que la tentative de suicide est à Loana ...
- ... vous qui êtes à la World Company ce que la mine est au critérium ...
- ... vous qui êtes à la World Company ce que Nadine Morano est à la répulsion que l'on peut ressentir ...
- ... vous qui êtes à la World Company ce que Capri est à Hervé Villard ...
et il y en a des tonnes comme ça ...

Et puis, juste après, d'un oeil inquisiteur, je la regarde en l'interrogeant sur les rendez-vous que j'ai. En effet, elle a le droit de vie et de mort sur mes rendez-vous : elle dispose du pouvoir inouï de pouvoir me caser 12 réunions dans la même journée [ce qu'elle fît jadis]. Aussi, pour m'enquerir de la teneur de la désolante journée qu'elle m'a préparé, j'entame souvent ma question par un "Bon alors, vous l'avez vandalisé comment mon pauvre agenda ?" [la variante étant "Vous m'avez infligé qui aujourd'hui histoire de vous venger lamentablement ?", quand je suis de mauvais poil].

Ensuite, j'aime bien la regarder et trouver l'accroche qui nous fera rigoler ... une nouvelle coiffure [elle que j'ai surnommé "la part de marché Jacques Dessange"]qui me permettra de lui dire "mais c'était la Saint Algue hier ou quoi ?" ... un nouveau chemisier sur lequel je ne passe évidemment rien en lui faisant remarquer qu'il est plus fleuri qu'un champ printanier, qu'elle l'a piqué à Maya l'Abeille, qu'elle fait de la concurrence aux Pompes Funèbres tellement je le trouve triste, qu'on dirait qu'elle retourne à l'école, etc ... Mes sarcasmes ne sont pas bien méchants et mettent un peu de légèreté pour démarrer la journée ...

D'ailleurs, à l'occasion de mes vacances ou si je ne me pointe pas, elle m'a déjà confié du bout des lèvres que cela lui manquait un peu. Qu'elle soit plus agée que moi est indifférent [je n'ai jamais pris en considération l'âge comme devant une variable d'importance dans mes relations professionnelles, sauf contexte particulier]et, au contraire, m'attendrit. Il faut dire que j'ai eu la chance d'avoir une très bonne secrétaire, rigoureuse, attentionnée, discrète et dévouée. Ce n'est finalement pas un hasard si je lui ai remis les clefs de mon agenda, si elle a toutes mes coordonnées, si je lui fais une confiance absolue. D'ailleurs, c'est la seule à qui j'ai confié que j'allais me pacser, c'est la seule qui a su quand j'allais très mal et qui a su aménager mon emploi du temps pour me permettre de passer la tempête.

Comme un dernier service, je suis allé négocier le fait qu'elle fasse valoir ses droits à une retraite bien méritée dans quelques mois. Cela m'ennuie un peu moins de la laisser dans la nasse ... considérant que, par delà mon départ, j'aurai assez d'une main pour compter le nombre de mois lui restant à faire à la World Company.

Je crois que je n'aurais pas fait le parcours qui fut le mien sans elle, parce que je suis persuadé que, dans les fonctions qui sont les miennes, qu'on ne parvient pas à grand chose si l'on ne dispose pas d'une bonne secrétaire sur laquelle on peut s'appuyer sans inquiétude.
Aussi,  je ne peux que dédicacer ce petit mot à ma secrétaire [qui ignore que je couche, quotidiennement ici, des tonnes de phrases dont elle-même me signale à chaque fois qu'elles sont toujours trop longues] : Merci pour tout chère Secrétaire, vous qui êtes au Tto que je suis ce que la mémoire est à celui qui veut ne pas oublier : merveilleusement précieuse.

Tto, bien aidé