Le théâtre de Pulvar

Je pensais tout de même qu'elle avait un peu plus de fidélité et de convictions jusqu'à ce que je me souvienne, avec dépit, du chapelet de polémiques sur lesquelles surfe l'ancienne présentatrice du 19/20, passée chez Canal+ et Bolloré quand la soupe était bonne.

Audrey Pulvar ... ah la la, faut-il voir dans le fait qu'elle soit une ancienne chroniqueuse de Ruquier le samedi soir une nouvelle confirmation d'une malédiction touchant finalement ce petit club que rien ne rassemble plus que la polémique par le buzz pour exister dans une machine infernale que l'on finira, évidemment, par dénoncer comme étant insupportable alors qu'elle est paradoxalement la lumière devant laquelle chacun de ces papillons ne cesse de s'ébattre.

Depuis qu'elle s'est débarrassée d'Arnaud Montebourg qui l'aurait forcée à quitter le journalisme [à l'évidence, ce n'est donc plus ce qu'elle faisait sur D8 comme chez Ruquier] dont elle pensait qu'elle avait fait le tour avant de risquer de s'aigrir, selon ses propres mots. T'imagine à quoi on a échappé.

Parce que si l'une de ses anciennes congénères de D8 [Hapsatou Sy] la qualifie d'arrogante [c'est dire ...], le moins que l'on puisse dire c'est qu'Audrey Pulvar les accumule.
Déjà en 2012, celle qui vomit le train de vie dispendieux de Franck Ribéry s'affiche avec des lunettes en écailles de tortues de chez Bonnet dont le prix n'est pas inférieur à 12.000 euros la monture. La femme de gauche en prend en coup, surtout quand elle rétropédale péniblement en expliquant, malgré les affirmations du Canard enchaîné, qu'elles ne coûtent pas plus de 3.300 euros. N'empêche, ça fait tâche surtout quand on le lui rappelle en 2017 quand elle prend la tête de la Fondation pour la Nature et l'Homme [joli rebranding de la Fondation Nicolas Hulot]. Les écailles de tortues ... c'est pas très éco-friendly et vlan, un premier double discours qui met déjà au parfum des incohérences chroniques et cliniques de Pulvar.

Oubliant que s'afficher auprès de son compagnon Montebourg en pleine campagne des primaires 2011 c'est un peu faire campagne, Audrey Pulvar n'en mange pour autant pas son chapeau et se pique de demander au CSA, lui que rien n'autorise à cela, une définition "d'un statut pour les journalistes qui vivent avec un homme ou une femme politique en campagne électorale". Ben voyons ... le régulateur ne répondra évidemment pas ...

Débarquée de la Fondation pour la Nature et l'Homme en 2019 au retour de Nicolas Hulot, elle explique, le 19 février 2019, qu'elle souhaite monter "dans l'année" un fonds de dotation pour l'Afrique appelé "African Pattern" dont le but serait de soutenir les initiatives d'écologie solidaire parce que, tu comprends, elle a compris avec ses dix-huit mois passés à la tête de la fondation Hulot qu'il faut faire un pas en avant en direction de la transition écologique [c'est déjà ça et, du coup, elle change de monture]. Oui mais voilà, après l'annonce, ça se dégonfle parce qu'on ne voit toujours pas le début du commencement de l'initiative. Il faut dire qu'Audrey a trouvé une nouvelle marotte : en octobre 2019 et après avoir applaudi des deux mains la piétonnisation de la voie Georges Pompidou sur les quais de Seine, elle s'insère sur la liste menée par Anne Hidalgo pour les municipales de 2020 à Paris. Elle réside dans le VIème arrondissement de Paris ? Qu'importe, elle se présente dans le nouvel arrondissement du centre de la capitale derrière le maire sortant du IVème arrondissement. Élue conseillère de Paris, Audrey Pulvar devient adjointe à la maire de Paris en charge de l’alimentation durable, de l’agriculture et des circuits courts le 3 juillet 2020. La transition écologique en Afrique attendra ... comme une certaine fidélité avec les convictions.

Ainsi, grisée par le succès électoral, Audrey Pulvar s'en prend publiquement à Gérald Darmanin dont elle s'offusque avec éclats de la nomination au Ministère de l'Intérieur en juillet 2020 du fait des accusations de viol dont il est l'objet ... oubliant peut-être qu'elle défendait la présomption d'innocence lors des affaires d'agressions sexuelles impliquant Jean-Marc Morandini, Dominique Strauss-Kahn ou encore Nicolas Hulot. Ah oui ... les convictions sont ancrées mais sélectives. S'il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis, pas de doute : Audrey peut donc recevoir le Prix Nobel.

Avec Audrey Pulvar, désormais candidate à la présidence de la région parisienne, c'est aussi un festival de mesures bling-bling, aussi tape-à-l’œil que des montures de lunettes à 12.000 euros pièce. C'est simple : elle est à fond sur la démocratie participative, en invitant ceux qui veulent venir comme ils sont à la soutenir. L'auberge espagnole en quelque sorte avec plateforme participative obligatoire. "Une alternative humaniste, féministe, ouverte, généreuse, à la politique menée aujourd’hui", voilà rien de moins que ce qui est promis, avec le super track maxi cash bonus : "les décisions ne se prendront plus sans [les citoyens], mais grâce à l’intelligence collective, avec humilité, pour des propositions qui [vous] ressemblent et qui [vous] semblent les plus pertinentes". N'en jetez plus, on en pleurerait ...

Sauf qu'avec la campagne, les boules puantes resurgissent. Le viol incestueux dont elle fut victime a été évoqué à la faveur de la sortie du livre de Camille Kouchner, avec interview de Salamé à l'appui histoire de boucler la boucle. On mettra sur l'amnésie traumatique le fait qu'elle encensait ce père criminel quelques années auparavant et il serait injuste de comptabiliser cela comme une nouvelle variation.

En revanche, sa prise de position sur le bourbier de l'Unef, si cher à ses alliés politiques du moment, relève presque de la sortie de route dont on ne saurait l'excuser au motif d'une naïveté dont elle ne peut se réclamer. Égérie verte voire "femme de paille" d'Anne Hidalgo, la tête de liste s'autorise à dépenser 2,2 milliards d'euros en demandant la gratuité des transport en commun franciliens mais a surtout expliqué le wikende dernier que : "Que des personnes discriminées pour les mêmes raisons et de la même façon sentent la nécessité de se réunir entre elles pour en discuter, ça ne me choque pas profondément." Et "s'il se trouve que vient à cet atelier une femme blanche, un homme blanc, il n'est pas question de la ou le jeter. En revanche, on peut lui demander de se taire, d'être spectateur ou spectatrice silencieux".

Rien que ça ...
On peut trouver cela recevable ou même entendable, comme cela peut heurter ou choquer. Le problème n'est presque pas là. Puisque femme varie, Audrey Pulvar est indubitablement dotée de deux chromosomes X ... parce que cette prose de position, si tranchée, n'est curieusement pas la même que celle dont elle nous gratifiait en 2017 ... ce qui n'est pourtant pas si éloigné que cela. Il y a moins de cinq ans, la future écolo-concernée-développement durable africanophile-jadis journaliste prenait ses grands airs pour asséner : "Je ne trie pas les gens en fonction de leur couleur de peau." Au lendemain de l'élection présidentielle, on pouvait imaginer qu'en fin un peu de clarté s'imposait et qu'on en aurait fini avec les virages à épingles. Patatra ... Pour rallier un électorat, elle entraîne le Parti Socialiste et ses alliés dans les chemins boueux de convictions à géométrie variable pour flirter avec des concepts, qu'à l'évidence, elle manie comme le Docteur Folamour dans son laboratoire. A force, ça va finir par exploser.

Surtout, l'injonction à se taire fondée sur la couleur de peau ... c'est précisément ce qu'elle se refusait à faire en 2017 au motif d'un humanisme que l'on pouvait allègrement partager. Parce qu'elle fait de la bonne politique qui tâche avec les grosses ficelles dont elle se targue de changer l'usage quotidien, elle rameute les identitaires en brouillant encore davantage le message d'une gauche en proie à se déchirer comme Valls l'avait théorisé : il y aurait deux gauches irréconciliables. Audrey Pulvar semble vouloir lui donner raison, en essayant néanmoins de manger à tous les râteliers. Mais pas d'affolement, elle aura sûrement changé d'avis dans une quinzaine de jours quand le vent tournera autrement ... en attendant, elle nous offre une vraie pièce de Pulvar.

Tto, qui se demande bien ce que cherche encore les responsables politiques de gauche