NONRien ne me plaît plus que l'on me courtise ...
Et plus on me courtise, plus je suis insupportable ... et plus je joue ma diva sans que l'on ne m'arrête, pire je suis.
Et rien n'est plus horrible que lorsque je sens que je suis en position de force puisque j'abuse clairement de ma position. Je suis probablement un bon négociateur ...

Tu n'ignores pas que j'ai été récemment courtisé pour changer de boite, de travail [mais pas tant que ça] et d'univers immédiat. "Le feeling a été super bon, j'ai sur vendu votre candidature, je vous préviens" m'a dit la conseillère en recrutement qui m'a fait passer un test de personnalité dont on parlait ici. La survente en question a eu les effets escomptés : son client a voulu me voir vite, me revoir très vite ...

Dieu sait que j'ai essayé de les dissuader. C'est bien simple : je leur ai tout fait ! Je ne répondais pas au téléphone, je rappelais à des heures affreuses [vendredi 18h45 pour une DRH ... un cauchemar], je faisais le garçon très occupé qui allait tout faire pour les voir mais il fallait comprendre que ce n'était pas évident avec ma vie trépidante et totalement saturée ...

Le premier entretien avec la RH a eu lieu un midi. J'ai détesté l'immeuble, j'ai été épouvanté par le côté fourmilière et la RH me l'a jouée Topo de RH classique, truc que je déteste par principe. L'entretien fut courtois, ferme, j'ai été souriant à souhait pour la charmer à donf, je l'ai laissée dérouler son argumentaire, tendre les perches de questions pièges que j'ai dynamité illico-presto, j'ai refusé de répondre à des questions qui n'ont pas de réponse [en le lui faisant bien remarquer] ... "Vous seriez disponible quand, si l'on devait finaliser avec vous ?" ... La question m'a mausé puisque je savais parfaitement que j'étais le seul avec lequel elle pouvait finaliser. "Oh pas avant mi juin vous savez ... J'ai un préavis et aussi des vacances que je ne peux absolument pas déplacer ... 3 semaines." dis-je avec un sourire effronté et imparable. Une heure de rendez-vous, j'ai expliqué que j'étais cher, elle m'a confirmé que oui, je lui ai répondu que les français sont chers mais efficaces. Son "oui mais quand même" n'a pas fait varier ma position ... "je ne bougerais pas si je n'augmente pas mes revenus de 20% minimum hors variable vous savez ... je ne suis pas pressé" ai-je conclu, comme pour la dissuader de continuer avec moi ...

Elle m'a rappelé le lendemain pour que je vois le Directeur Général de cette boite, avec lequel j'étais censé bosser au quotidien. L'avantage que j'ai eu, c'est que j'étais bien brieffé sur lui et ses travers. Ca aide toujours d'avoir une longueur sinon deux d'avance. Je me suis laissé désirer ... Ils étaient pressés ? J'ai expliqué que je ne pouvais pas le voir avant au moins 10 jours ... Nous avons convenu d'un entretien un soir, à 18h.

Nous avons échangé pendant plus de deux heures. Lui très hableur, testant beaucoup de choses sans vraiment y paraître [j'adore], moi tel le serpent laissant la souris progressivement accroitre le péril la concernant et l'exposant au funeste destin qui sera le sien ... nous échangeâmes ... Il me parla de la personne occupant le poste précédemment [dont il ignorait évidemment que je le connaissais], il m'expliqua que c'était la chance de ma vie, que j'étais visiblement tout à fait indiqué pour cela, qu'il était pressé mais capable de comprendre que tout ne pouvait se faire rapidement. Oui, cet entretien m'a permis de constater encore une fois que des gens passent leur temps à expliquer une chose et son contraire dans chaque phrase. Sa boite allait subir une réorganisation de fond intiée par son actionnaire ? "Oh mais vous savez, ce ne sont que des mots ça ... C'est avec le temps qu'on se rend compte que rien ne change" ... Evidemment ! Ces changements ont déjà été initiés par nombre de groupes sans que cela n'ait été courronné de succès ? "Ah oui mais nous, ce ne sera pas pareil même si c'est vrai que c'est présenté pareil" ... Tout à fait ...

Pendant deux heures, nous avons donc dialogué sans jamais nous comrpendre ou plus exactement, sans qu'il n'entende ce que j'étais entrain de lui dire. J'ai énormément appuyé sur mon besoin de perspectives comme pour lui expliquer que l'aléa organisationnel [dont j'aurais nécessairement à subir à peu près 80% des conséquences] était tout sauf une perspective, appuyé sur le fait qu'aujourd'hui la Compagnie chérie est plan plan mais sécurisante, été intransigeant sur mes vacances, décrêté que je ne voulais pas de BlackBerry ... Il m'a asticoté sur le management : je lui ai expliqué que pour moi, cela ne s'apprend pas ni ne s'improvise : on sait faire ou on ne sait pas faire [certainement la pire réponse à faire puisqu'elle ne présente aucune garantie au big chef]. Il m'a vendu le fait que je serais moins loin de chez moi, que la vue de l'immeuble est jolie sur la Tour Eiffel [!!!], que le relationnel dans le travail c'est important, que je demandais beaucoup d'argent quand même et que j'étais assez gourmand de demander tout ça parce que bon, j'ai déjà fait un sacré bond il y a deux ans. C'est à ce moment là où je l'ai interrompu assez fermement : "Vous savez, les aléas que nous peinons à dissiper justifient du chiffre et je vous confirme une chose : il n'est pas négociable".

- Bon alors Monsieur Tto, est ce que ce poste vous intéresse toujours ?
- Ecoutez : sur le papier, il est très intéressant et même très séduisant. J'irai même jusqu'à dire qu'il fait écho à beaucoup de choses chez moi ...
- Ah ... [sourire rayonnant]
- Mais il présente aussi une autre dimension : celle du contexte de son exercice, un contexte bousculé, mouvementé déjà aujourd'hui sans parler de ce qui arrivera à court terme au sujet duquel je ne suis pas plus avancé ...
- Oui mais bon ça vous savez, c'est tout le temps !
- Oui et non. Tout changement présente une part d'incertitude, j'en conviens bien volontiers et je vous confirme l'avoir assez expérimenté récemment. Mais là, je ne parle pas de cela : là, je vous parle de la modification matricielle et regionalisante qui va vous impacter structurellement. En cela, j'ai encore beaucoup de peine à savoir où se situera chacun dans les douze mois à venir ...
- Vous savez ? Il faut que vous parliez à notre board européen. De toute façon, ils vont vouloir vous voir. On fera une visio ...
- Oui, cela je m'en doutais mais ce que je veux vous dire c'est qu'aujourd'hui, ce soir ... je n'ai toujours pas compris comment j'allais pouvoir travailler autrement qu'en surfant sur une techtonique des plaques permanente résultant d'un big bang ordonné par des gens, si cela se trouve, ne veulent pas faire autre chose que changer les choses pour plaquer sur votre activité une nouvelle matrice qui n'a toujours pas été expliquée ni même éprouvée. J'ai déjà vécu cela et je vous ai rappelé l'échec cuisant que cela avait été pour la World Company ...
- Je retiens que le poste vous intéresse et que vous êtes toujours motivé ...
- Je vous confirme que le poste est séduisant mais le contexte dans lequel il s'inscrit grève son intérêt.
- Très bien ... continuons donc nos discussions ...

Nous nous sommes quittés ainsi. J'ai réfléchi tout la journée du lendemain, discuté, pris des informations au travers de mes réseaux et le soir, j'ai discuté avec Zolimari. Je lui ai expliqué que c'est totalement anormal que je sois aussi capricieux et qu'on ne m'arrête pas. En cela, j'avais compris que j'étais vraiment leur seul recours. Mais je suis persuadé de ne pas être la seule perle sur Paris en mesure d'assumer ces fonctions. Donc, d'autres ont jeté l'éponge avant moi parce que, comme moi, ils ont compris le piège et l'absence de réponse est désastreuse en terme de motivation. En outre, j'ai expliqué à Zolimari que j'ai réclamé un salaire dont je n'ai pas forcément besoin aujourd'hui, que je ne suis pas certain d'avoir envie de changer de boulot avec tout ce que ça suppose derrière en termes d'adaptatibilité [j'ai d'ailleurs verbalisé le fait que le dernier changement m'avait un peu vacciné et que je redoutais d'avoir à le faire à nouveau] ... et que donc, j'allais décliner le lendemain matin. Zolmiari m'a approuvé et confié qu'il était fier d'être avec un garçon qui avait les idées aussi claires. Cela le rassure.

Le lendemain matin, j'ai appelé le chasseur de têtes [oui, je n'allais pas m'abaisser à appeler la boite en question pour leur laisser une opportunité de discuter]. Froidement, j'ai expliqué toutes les raisons m'incitant à décliner l'offre. J'ai joué la confidence en lui faisant part de ma grille de lecture du discours servi par son client ["Vous savez, dire ce qu'ils m'ont dit, c'est mentir pour absolument trouver quelqu'un dans l'urgence. Je ne crois pas le Directeur Général lorsqu'il me dit que rien ne changera alors que tout va nécessaiement changer puisque la révolution matricielle en cours n'est pas simplement une optimisation du capital ... Je ne le crois pas et je ne peux travailler avec quelqu'un que je ne crois pas"], et j'ai ouvert la porte sur d'autres opportunités de marché en lui confirmant que elle et moi avions eu un rès très bon feeling.
A ce jour, je n'arrive pas regretter mon choix ...

Tto, toujours à la Compagnie chérie mais pour combien de temps encore ??