Le cancer anal

Salut Docteur Love, on m'a parlé du cancer anal qui toucherait les gays. Ce serait un papillomavirus donc pas de cancer de l'utérus je présume. Comme t'es calé sur plein de trucs comme ça, j'en profite puisque le tto a dit qu'on pouvait tout te demander.Merci bcp !
Je ne pensais si bien faire d'attendre pour répondre à cette question reçue il y a plusieurs semaines ... Pas si bien puisqu'il y a quelques jours, le site Yagg a consacré lui aussi un article sur le sujet, preuve que la question colle à l'époque immédiate. Abordons donc une question que je n'avais jamais abordée depuis le début de cette rubrique, donc plusieurs années, le cancer anal.
Comme le souligne Yagg, une étude vient récemment d'être publiée sur la question outre-Manche et ses recommandations sont sans appel s'agissant du HPV (Human PapillomaVirus) ... Rappellons déjà que l’infection à papillomavirus est extrêmement répandue, elle fait partie des maladies et infections sexuellement transmissibles. Son dépistage et son suivi sont importants, particulièrement chez les personnes séropositives. En effet, elle provoque parfois l’apparition de condylomes qui peuvent être à l’origine de cancers du col de l’utérus ou de l’anus. On a traditionnellement pensé que la papillomavirus n'affectait que les femmes ce qui est une ineptie et une idée reçue qu'il convient de combattre.
On considère ainsi que la majorité des personnes sexuellement actives ont eu au moins une infection à papillomavirus à potentiel cancérogène élevé au cours de leur vie, surtout au cours des premières années de la vie sexuelle. L'infection se réalise soit lors d'une relation sexuelle mettant en présence le virus avec des muqueuses, soit lors d'un contact entre le virus et la peau (ce qui donne souvent des verrues vulgaires). La propagation du virus est favorisée soit par un contact direct, par voie buccale, auto-inoculation mais aussi par contact indirect au moyen de surfaces contaminés comme des sanitaires, douches, piscines,ou autres endroits où la prolifération du virus est rendue possible (l'humidité étant un facteur de conservation du virus déterminant). Pour ce qui concerne la transmission par voie sexuelle, les rapports ano-génitaux sont un vecteur primordial. La période d’incubation est d'environ deux à trois ans, exceptionnellement jusqu'à 4 ans après le rapport à risque.
Je ne veux pas faire d'alarmisme ... Seuls certains génotypes du HPV sont associés aux cancers du col de l’utérus, de la vulve et du pénis, et au cancer anorectal. On notera enfin que l’évolution vers le cancer est étroitement associée au tabagisme et à l’infection par le VIH.
Ceci étant dit donc, l'étude britannique pointe du doigt l'absence de vaccination de la population masculine hétéro ou homo étant précisé qu'il est clair que la population homosexuelle (masculine ou féminine mais particulièrement masculine) est redoutablement exposée compte tenu du schéma physiologique des relations sexuelles considérées et le caractère fréquent des pénétrations anales. Une étude a récemment démontré que les hommes gays étaient six fois plus infectés que les hommes hétérosexuels.
Dès lors, si la vaccination des jeunes filles avant la puberté est devenue évidente aux yeux de beaucoup, l'évidence d'une vaccination des jeunes hommes gays le plus tôt possible est tombé sous le sens aux Etats-Unis et désormais en Grande-Bretagne notamment. Avec plus de 17.000 visites d'hommes gays entre 16 et 26, les centres médicaux de proximité sont "idéalement placés" pour proposer cette vaccination et ainsi traiter les éventuelles infections voire endiguer le nombre de cancers potentiels à venir. Économiquement, les autorités britanniques considèrent, à raison, que cela coûtera moins cher de payer des vaccins. En plus, le vaccin est plus efficace chez les personnes qui ne sont pas déjà infectée par le HPV, mais les données montrent que seule une minorité de jeunes hommes qui ont des rapports sexuels avec des hommes sont déjà infectés. Enfin, statistiquement, on sait que le jeune homme gay multiplie davantage les rapports sexuels au début de sa vie sexuelle plutôt qu'après : il y a donc tout intérêt à agir à ce moment là.
C'est même d'autant plus certain que l'on dispose à présent du recul nécessaire sur les campagnes de vaccination aux États-Unis : selon une étude, la prévalence (autrement dit la diffusion du virus au sein d'une population donnée par le nombre de cas concernés par l'infection) du virus a été divisée par 2 du fait de la vaccination. La France a beaucoup de retard en la matière et c'est assez regrettable.
Toutefois, la question de ce lecteur démontre que la connaissance du sujet progresse depuis peu et les associations LGBT oeuvrent beaucoup pour les pouvoirs publics français rattrapent leur retard en la matière ...
On rappellera également que l'utilisation du préservatif permet d'éviter une propagation trop facilitée du papillomavirus ... et que la fellation sans protection est un moyen de transmission comme les autres, comme pour toute Infection Sexuellement Transmissible ...




