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C'est le hasard du monde ... j'avais prévu d'écrire hier sur Gainsbourg à l'ocasion du trentième anniversaire de son décès. Je m'en souviens presque comme si c'était hier, les images des fans devant les murs de sa maison rue de Verneuil sont restées gravées dans ma mémoire, je ne sais pourquoi. J'ai le souvenir indélébile aussi qu'il faisait froid ce jour où la France s'est trouvée dérobée d'un mélodiste hors pair.

Et d'ailleurs, de Gainsbourg j'appréciais la sensibilité désarmante quand elle obligeait à assister à l'auto-destruction d'un homme qui n'aura finalement jamais trouvé l'équilibre. Cette décadence était vertigineuse mais, en face, quelle production incroyable dont, je le constate encore à l'écriture de ce billet, il est incontestable qu'elle est terriblement à la mode même si peu électronique. La musique de Gainsbourg est très cuivrée, rythmée, structurée et très inspirée musicologiquement. quand on aime les mélodies comme moi, c'est décisif.

Aussi et pour savoir ce qui sortait du lot dans la discographie de l'homme à tete de chou [oui, arrête de dire que c'est "l'homme à la tête de chou" ... ce n'est pas français], j'ai écumé plusieurs albums, des hits comme des titres plus confidentiels [comme le très gay "I'm the boy" qui résonne chez moi d'une teinte particulière que je te raconterai peut-être un jour] ... et puis l'évidence m'a sauté aux yeux quand j'ai regardé la ribambelle d'onglets ouverts. A quelques exceptions près, j'en reviens toujours vers les mêmes titres qui ont un point commun incontournable : Charlotte Gainsbourg.

Ah oui oui, si je devais extraire trois titres qui sortent du lot, trois morceaux vers lesquels vont mes préférences mettent en commun Charlotte Gainsbourg, son père, la reprise d'une mélodie classique ... et un album, le premier de la chanteuse écrit par son père au firmament de son inspiration "Charlotte for ever" sorti en décembre 1986. Ainsi donc, tu peux biffer "Lemon incest" [pourtant sorti en 1984 sur l'album "Love on the beat" mais réintégrée à l'album de Charlotte Gainsbourg], "Charlotte for ever" et l'absolument fabuleux "Zéro pointé vers l'infini" ... mais je ne cache pas que "Elastique" n'est pas bien loin. Si "Elastique" a été directement composé par Gainsbourg, on se balade entre Chopin pour "Lemon incest" [l'étude n°3 en mi majeur op. 10 dite "Tristesse"], un  andantino de Aram Khatchatourian [musicien soviétique arménien] pour "Charlotte for ever" et une valse russe "V lesu prifrontovom" sur la musique par Matveï Blanter pour "Zéro pointé vers l'infini". Si tu ajoutes la tessiture démente des Simms Brothers qui jouent les choeurs de luxe dans "Lemon incest", on arrive à un alliage d'une facture inégalée dans toute son oeuvre.

Alors après, que des ignardes expliquent encore qu'il aurait fait oeuvre de plagiat, qu'il aurait encensé l'inceste, qu'il aurait été drogué, qu'il aurait même couché avec des mecs [ouh la la, c'est terrible ça effectivement mais c'est avéré en effet], ça me rassure un peu. Tant de talent doit être réservé à ceux qui le méritent.

Tto, qui en a la tête pleine et ça lui fait du bien