La convulsion totalitaire

On aura dit tout et son contraire, à l'image du mandat de Donald Trump sur à peu près tout. Toutefois et comme il convient de le rappeler aux paresseux enfiévrés et incultes notoires qui se glorifient encore de faire des fautes d'orthographe au kilomètre alors qu'ils donnent des leçons de patriotisme [sans donc savoir respecter la langue du pays dont ils se targuent d'être des sentinelles], les mots ont un sens et ceux dont il va être question sont lourds d'un sens qui n'est pas qu'historique.

Pour peu qu'on soit légaliste, attaché à certaines valeurs autres que la sauvagerie et, notamment, le respect de l'autre qui est une pierre cardinale de la vie en société, les événements de mercredi dernier qui se sont déroulés au Capitole à Washington ont de quoi laisser stupéfait. Voilà donc des enragés, chauffés à blanc par un Président sortant irresponsable et ivre d'aigreur parce qu'il a été battu au cours d'élections dont il avait décidé tout seul qu'il devait les gagner sinon c'était recognitif d'une fraude, qui ont décidé de débouler dans le bâtiment où siègent les organes constitutionnels des Etats-Unis ayant vocation à assurer le fonctionnement démocratique des institutions. Comme j'ai pu l'écrire le soir même en regardant, halluciné, les images des débordements en question, dans n'importe quel pays on trouverait là qu'il y a un manque flagrant de maturité politique et qui confine au régime bananier de la pire société sous-développée. Sous la colère artificiellement gonflée par un incendiaire qui n'a plus d'un pompier [alors que les institutions lui confèrent pourtant ce rôle], des décérébrés se sont piqués d'aller expliquer aux élus d'une nation [dont on nous explique pourtant qu'elle est la plus grande démocratie du monde actuel ... c'est dire] de quel bois ils se chauffent et pourquoi ils ont raison de refuser le vote majoritaire. En somme, voilà une petite minorité, biberonnée aux discours sectaires et complotistes qui croit encore que les démocrates prostituent des enfants dans une pizzeria new-yorkaise et qu'un état profond méconnait leurs droits du matin au soir, qui estime qu'elle a forcément davantage raison que la majorité du peuple dont elle ne se cache plus pour dire qu'il conviendrait d'en éliminer une part substantielle sinon de réserver les droits civiques et électoraux à certains, bien blancs et bien à l'image de ce que le Klu Klux Klan pouvait promouvoir il y a moins d'un siècle.

De quoi parle-t-on ? Les faits de mercredi dernier ont un nom : la sédition. Pour mémoire, la sédition est l'action de se soulever de façon concertée contre une autorité établie. Il est donc particulièrement impropre de parler de coup d'état ni même de tentative de coup d'état parce que je rappelle que Donald Trump est Président des Etats-Unis jusqu'au 20 janvier 2021. Il est donc particulièrement inique de faire un coup d'Etat pour renverser le pouvoir en place incarné par soi-même. En revanche, il peut paraitre logique de vouloir dégommer des institutions qui prévoient le départ de celui qui fomente de les renverser. C'est là que Donald Trump a commis l'irréparable [prouvant bien que, jusqu'alors, il n'était pas encore allé trop loin nonobstant les intelligences avec des puissances étrangères, les obstructions à la justice, les collusions d'intérêts et la mise en cause régulière du fonctionnement régulier des institutions dont il a accepté, sous serment biblique, d'assurer la préservation], vouloir torpiller le processus électoral dont l'issue finale ne va pas dans son sens. On pourrait presque y voir une tentative de putsch.

Une fois la qualification faite, il convient de laisser aux constitutionnalistes américains le soin de tirer les enseignements de cette ultime péripétie, ayant tragiquement emporté la vie de cinq personnes dont deux policiers. Impeachment, 25ème amendement, démission forcée ou que sais-je encore ... une chose est certaine : Donald Trump restera dans l'Histoire comme un cas d'école pour les étudiants en Droit. Et c'est précisément là qu'il convient désormais d'en venir : le Droit.
Si l'on ne peut qu'être monstrueusement atterré de voir que le pouvoir confié à quelqu'un qui présente manifestement des déficiences mentales est un outil dangereux, les images de mercredi dernier m'ont fait faire un parallèle assez saisissant avec les gilets jaunes ou l'Allemagne en voie de nazification des années 1930, à la différence qu'Hitler n'était pas encore au pouvoir. Mais le trait commun est que l'on s'en prend aux parlements, aux institutions. Et c'est l'essence même de la démocratie qui est attaquée, quel système démocratique fonctionne sans assemblée qu'elle soit directe ou représentative ? C'est le trait commun des attaques terroristes ayant pour ambition de renverser les systèmes démocratiques au profit de régimes autocratiques ou purement totalitaires. 

Sous couvert de défendre la nation américaine, des groupuscules d'extrême-droite ont donc voulu s'en prendre à l'essence même de celle-ci, au moment où elle entérinait le résultat d'une élection présidentielle à la suite d'un suffrage universel. Avec Trump, on n'est jamais à l'abri d'un paradoxe mais là, on pourrait comprendre que les ennemis des Etats-Unis crient à la concurrence déloyale en ce que les proud boys et autres officines néo-nazies supprémacistes fassent aussi bien sinon mieux que les ennemis d'une nation qu'ils gueulent défendre sur les ordres d'un Président orange s'égosillant avec du "Law and order" qui n'a jamais eu aussi peu de consistance.
On a appris depuis mercredi que les envahisseurs du Capitole n'ont pas été spontanés mais que tout était préparé au point que capturer Nancy Pelosi était planifié par certains ["Nancy Pelosi is Satan" pouvait-on lire sur certaines pancartes d'ailleurs] et de recourir à davantage de violence que celle que les images montrent déjà.

Trump refait à présent l'histoire en expliquant que "marcher sur le Capitole" ne voulait pas dire ce que cela voulait dire, que ce sera probablement une fake-news ou que sais-je encore ... le mal est fait et la France, stupéfaite, ferait bien de se rappeler qu'il n'y a pas si longtemps des gilets jaunes voulaient marcher sur l'Elysée, mettre la tête du Président au bout d'une pique et ont dégradé des monuments nationaux, y compris avec la flamme du soldat inconnu [symbole des combattants des guerres passées]. Oui, la France ferait bien de se préparer à des événements comparables parce que le Trumpisme a largement été importé depuis longtemps, en cela renforcé par les discours anti-élites et antiparlementaires qui conspuent ceux qui rappellent que le respect des institutions est le gage d'une prévalence de la démocratie sur le chaos. On peut ne pas être en accord avec le résultat majoritaire d'un scrutin [j'ai eu ma part de déceptions et j'en aurai encore beaucoup d'autres], mais nier les institutions [au motif d'une colère devant excuser tous les faits de violence] en laissant place à la sauvagerie et au chaos, c'est consacrer le totalitarisme. Pour aider les illettrés qui ne sauraient pas de quoi il retourne, le totalitarisme est le système politique fonctionnant sur le mode du parti unique et interdisant toute opposition organisée ou personnelle, accaparant tous les pouvoirs, confisquant toutes les activités de la société et soumettant toutes les activités individuelles à l'autorité de l'État.

Mercredi dernier, Donald Trump ne visait pas autre chose que de renverser le processus démocratique et institutionnel engagé, en vue d'imposer par la force son pouvoir et réduire à néant toute opposition ne convenant pas aux boursoufflures de son ego disproportionné. Voici le monde d'aujourd'hui, celui au sujet duquel le légaliste que je suis alerte depuis des années quant aux dérives, lesquelles présagent de sombres lendemains.

Tto, qui trouve que l'on a vécu un événement historique