You're firedComme on le dit dans les meilleurs shows de télé-réalité, la sentence est inéluctable. CNN fut la première tirer à 11:24:20, NBC à 11:25:15, CBS à 11:25:45, ABC à 11:26:30, l'AP à 11:28 et enfin Fox News à 11:40 ... Donald est foutu.

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Pendant que le Président jouait au golf, sa bien-aimée Fox News, qui lui servit tant la soupe et lui permit de déconstruire autant la chape d'une société désormais plus fracturée que celle qu'il avait trouvée en 2016, s'est rangée au principe de réalité que le monsieur orange de la maison blanche refuse encore ...

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Il y a quelque chose de tragique dans tout cela, comme toute chute d'un autocrate et à chaque fois je me fais la réflexion : la solitude de celui qui a tant écrasé et s'est cru si invincible est énorme. On n'apprend jamais des leçons du passé.

"You're fired Donald" ont donc dit plus de 74 millions d'électeurs américains même s'il est inepte de résumer la situation ainsi puisqu'elle correspond au prisme très franco-français d'une élection présidentielle. Evidemment, la rigueur oblige également à rappeler que le processus électoral est arrivé à son terme lorsque le candidat battu admet sa défaite et il va falloir un peu de temps pour que Donald "conceads".

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Regardant CNN hier comme presque tout le temps depuis mardi dernier, je me suis surpris à revoir des rictus sur les anchormen et anchorwomen de la chaîne brocardée par Trump. J'ai entendu leur joie d'en arriver à ce résultat qu'il ont proclamé avec le maximum de rigueur, expliquant qu'ils avaient pu comprendre qu'on s'agace de leur prudence à faire basculer tel ou tel état dans un camp ou l'autre : ils voulaient en être sûrs. C'est donc CNN [et Wolf Blitzer flanqué de l'impeccable John King] qui aura donné le coup de grâce et emboité dans son pas tous les médias [ou presque, quelques citadelles plus Trumpiennes que Trump lui-même se refusent à faire leur outing]. Du coup, la charge a été donnée partout dans le monde et l'Europe a rendu la monnaie de sa pièce à ce Donald qui a tout fait pour la diviser : méthodiquement, les communiqués dans les capitales européennes ont fleuri comme autant d'avis de décès d'une période qu'ils ne regretteront pas longtemps. Seuls le Premier Ministre israélien, le Président brésilien et le dictateur nord-coréen n'ont pas joint la cohorte de ceux qui sont bien heureux de se débarrasser de l'encombrant Trump. Ajoute à cela les pays d'Europe de l'Est qui voyaient en Trump une légitimation de leurs politiques séparatistes ... et le fameux Rassemblent National français [ripolinage tiède d'un Front National encore vivace] où Stéphane Ravier a continué à colporter de fausses rumeurs, et dont le rejeton délégitimé Florian Philippot a laissé entendre que tout cela était une entreprise calculée.

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Joe Biden sera donc le 46ème Président des Etats-Unis et son discours de cette nuit donne le ton : réparer la casse, combler les fractures d'une Amérique divisée et affaiblie durablement. Le changement de ton rassure, il apaise même s'il faudrait être bien naïf pour imaginer que tout change du tout au tout. Le discours de Kamala Harris fut de ceux dont on sait déjà qu'ils feront date tant pour l'Histoire que le court terme : il faudra compter avec Harris qui fera, à n'en pas douter, ce qu'Hillary Clinton n'est pas parvenue à faire. Dès lors, la politique fiction qui satellise déjà AOC [Alexandria Ocasio Cortez] pour 2024 restera dans les cartons ...

Quant à Donald, bunkérisé dans la Maison Blanche et qui annonce à tous qu'il a encore gagné l'élection parce que tout bulletin qui n'est pas allé vers lui est une fraude, il joue la montre alors que le match est plié. La fin de règne est brutale ... aussi brutale qu'avait été l'avènement pour lequel il semblait le premier surpris. Tout est désormais affaire de négociations : Biden doit trouver un moyen d'opérer la transition avec quelqu'un qui n'entend pas l'aider. C'est la force des institutions : le 20 janvier prochain, il faudra débarrasser le plancher, que Trump l'ait accepté ou non.

Bette Midler chante joyeusement le départ de Trump ...

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... et c'est une Amérique plongée dans le chaos depuis quatre ans qui se réveille ivre de joie de se dire que les ténèbres s'éloignent. Mais la partie ne sera pas aisée pour le 46ème Président élu puisque Joe Biden aura à gérer la conjonction de crises la plus forte depuis bien longtemps, comme l'a souligné Barack Obama hier. Mais son profil de rassembleur ajouté au fait que certains républicains s'impatientent de tourner la page devrait aider.

Le loser n'est pas Biden et c'est Trump qui devrait avaler la défaite, dans des proportions a priori exactement équivalentes à celle qu'il a infligé à Hillary Clinton quatre ans plus tôt. On va en savoir plus sur ce qui se cache derrière le rideau depuis quatre ans, sur ce que Trump a caché et qui pourrait justifier de poursuites, tant personnelles que pour ce qui concerne son petit cercle familial. L'heure de la vendetta a sonné et la nécessité de trouver un accord d'immunité contre la reconnaissance de la défaite est d'autant plus impérieux.

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Pour la presse, c'est le soulagement même si les analystes en dansent pas sur les tables pour autant : le parti démocrate est divisé entre le courant progressiste [Sanders, AOC et autres] et la tendance libérale [Biden, Harris, Clinton] ... parti qu'il faudra bien solidifier malgré la victoire qui n'est cependant pas totale : le Sénat ne devrait pas passer au bleu et les pertes à la Chambre des Représentants font mal ... les mid-terms de 2022 seront difficiles.
Toutefois, la victoire de Biden permet de mettre en regard deux époques : 2016 et 2020 et Der Spiegel le résume bien dans ces deux unes.

Surtout, aux Etats-Unis, les médias dits d'opposition parce que blacklistés par la Maison Blanche depuis 2016 respirent. CNN [dont le correspondant à la White House, Jim Acosta, ont bataillé dur ... en perdant plusieurs longueurs face à Fox News avantagée par un Trump calculateur] bien sur, mais le New-York Times dont Trump avait juré la faillite et qui ne s'est jamais si bien porté. La une du jour se savoure au 620 de la huitième avenue à New-York.

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Les problèmes viendront bien vite néanmoins [les Stazini connaissent actuellement une recrudescence de l'épidémie de Covid-19 à des niveaux incroyablement inquiétants ... de sorte que Biden a déjà, dans son discours d'hier soir, annoncé la création d'une cellule de crise] ...

Désormais, il est temps de tourne rla page d'une présidence Trump qui restera dans les livres d'histoire [ce qui, finalement, ne peut pas déplaire à Donald] comme ayant été chaotique, annonciatrice de mouvements planétaires et disruptive tant elle a bouleversé les fondamentaux de l'ordre mondial installé depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale.
Les procédures attendent Donald Trump, Mélannia va peut-être divorcer et coucher sur le papier ces années d'enfer, Ivanka et Jared Kushner pourraient s'expatrier pour trouver refuge chez Netanyaou ou ailleurs, les iraniens savent bien que demain ne sera pas meilleur et les marchés financiers savent parfaitement qu'un Sénat républicain les prémunit de réformes trop communistes à leurs yeux.

C'est donc ça l'Amérique post-Trump : un vrai chantier où les murs ne tiennent plus beaucoup ... ce qui est paradoxal pour un self-made man autoproclamé comme Trump qui se vante d'avoir fortune dans l'immobilier alors qu'en réalité, il y fit faillite quatre fois. Sa présidence compte bien comme la cinquième ...

Tto, un peu rassuré quand même