La nouvelle starJe fais partie de ceux qui s'amusaient à regarder le téléjournal de la RTS sur TV5 MONDE aussi souvent que possible ... et depuis plus de vingt ans, je croisais inévitablement en semaine la voix quasi thérapeutique de Darius Rochebin.

L'année dernière, Darius a été relégué au wikende, comme une mise au placard qui ne dit pas son nom, ce qui l'aurait forcé à envisager d'autres horizons et c'est en France qu'ils se sont trouvés. Oui, j'étais bien content au printemps quand LCI [au sujet de laquelle j'avais pourtant eu des mots durs] annonçait l'arrivée du journaliste star helvète d'origine iranienne à la tête d'un créneau mythique : le 20h. Oui alors le 20h d'une chaîne info, c'est moins signifiant que celui d'une TF1 ou d'une France 2 mais n'est-ce pas là l'antichambre d'autre chose ?

Son arrivée appuyait sur le point fort du personnage, forgé depuis 1998 à la tête du 19h30 de la RTS : le ton sérieux, rigoureux, quasi inexpressif et la profondeur des entretiens qui ont permis à Darius Rochebin de convier autour de son micro les plus grands, ces illuminatis qui dirigent secrètement le monde qui échappe à chacun. Darius Rochebin est donc le PPDA suisse, partageant avec lui la diction monocorde mais ayant prouvé outre davantage de longévité, une rigueur et une exigence plus avérée. Pour le nombrilisme, les pourfendeurs s'amusent des similitudes entre les deux. Mais peut-on être la voix d'un pays pendant plus de vingt ans tous les soirs sans avoir la tête qui gonfle ?

Darius Rochebin évacue toujours le sujet : c'est secondaire à ses yeux, l'essentiel étant de faire son métier, qu'il qualifie d'hystérie, et donc d'informer. Ce souci consistant à polir une image quasi impeccable tranche beaucoup avec le vivier ambiant des chaînes info où CNEWS donne le vertige, BFM-TV peine totalement à convaincre ne matière déontologique et LCI se partage dans des paradoxes consistant à vouloir faire du haut-de-gamme tout en recrutant le bonimenteur Eric Brunet. Oui, dans ce cloaque marécageux aux relans pestilentiels, Darius Rochebin s'interdit les relances tonitruantes à la Morandini ou Praud pour électriser un plateau colonisé par les rubricards de Valeurs Actuelles qui s'agitent comme des grosses mouches vertes autour d'une ampoule dont ils implorent qu'elle continue à briller sinon leur trépas est proche. Depuis sa prise d'antenne le 24 août dernier, Darius Rochebin tranche inévitablement : voix calme, du temps donné aux réponses, sujets abordés avec autre chose que le petit bout de la lorgnette et cela donne le vertige. C'est donc possible de faire de l'information de qualité sur une chaîne d'information en continu, qui ne sont donc pas condamnées à être un cancer de la démocratie parce qu'il est tellement facile de donner le micro à longueur de comptoirs de café du commerce à des illuminés qui brassent tout et surtout n'importe quoi.

C'est finalement le calcul malin de Darius Rochebin : avec un peu d'exigence, il se démarque et créé déjà un rendez-vous identifié dont les audiences ne s'affolent pas néanmoins. Surtout, il se forge l'image de la statue du commandeur dont les éditions de 20h manquent depuis le départ des PPDA, Ockrent et autres légendes passées. Et si Darius n'avait pas fait le voyage pour LCI comme s'il s'agissait d'un galop d'essai probatoire pour autre chose ? Oh certes Gilles Bouleau ne fait pas de mal, mais entre les deux, on compare une coupe d'Europe avec un tournoi inter-régional.
On peut s'agacer du fait que Darius Rochebin ne laisse paraître aucune émotion, est discret à l'extrême [au point que cela en devient suspect ... c'est dire le délire de l'époque], câline le téléspectateur en l'endormant presque mais une chose est certaine : il passe bien. Un petit buzz avec Catherine Deneuve [en expliquant qu'elle peut être infecte ... ce qui ne surprend personne et fait endosser au bouffon Nagui des habits décidément trop grands pour sa petite personne], des interviews ici et là pour faire la promo de son arrivée ... et voilà que LCI devient quasi fréquentable de 20h à 21h tous les soirs.

Ce n'est pas un asile qu'a trouvé Darius Rochebin à 53 ans ... sa carrière témoigne d'une chose : il n'a pas souvent fait les choses au hasard. En attendant le coup d'après, il nous fait du bien.

Tto, un peu rassuré