2020 - FOLLOW QU'IL FAUTIl faut l'avouer : l'idée de la série de l'été sur les dessinateurs de garçons a débuté en croisant plusieurs artistes, mais aussi en le projet des "Garçons bleus". Si la série de l'été n'a pas prospéré, il n'était pas question néanmoins de ne pas tirer un coup de chapeau aux "Garçons bleus". De quoi s'agit-il ?

Savoir ce qu'est un homme ... voilà le but et, si la démarche peut apparaître éculée au plus haut point au moment où toutes les tentatives de définition de la masculinité se bousculent, cela devient passionnant lorsque l'on s'attache non pas à définir une nouvelle norme avec des codes pseudo-scientifiques. Cela devient passionnant quand on touche à l'authentique. Et les "garçons bleus" sont de ce bois là. L'authentique, c'est aussi et surtout éviter les codes et regarder la réalité en face. Parce que le mâle aussi peut avoir des bourrelets, trop de poils ou pas d’érection, parce qu'il peut pleurer, s'émouvoir de bêtises ou présenter un défaut tellement évident qu'il en devient touchant, la mise à nu est salvatrice parce qu'elle éclaire. C'est un peu ma théorie lorsque j'impose de parler de sexualité crûment alors qu'on vient me voir pour un énorme problème ... Je le fais par des questions, les garçons bleus le font autrement. Une fois par mois, la série “Les garçons bleus” dresse le portrait d’un homme, en moins d’une minute, pour répondre à la question : qu’est-ce qu’un homme ?

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Parce qu'au fond, on s'en fout qu'un homme soit musclé, barbu, mince, poilu, ronds, petits, grands, avec un gros paquet ou pas ... peu importe : les douze hommes des garçons bleus refusent de jouer l’homme fort, celui qui répand son sperme à tout va comme un trophée ou une médaille de gloire. Ce n'est pas qu'ils ne puissent pas être machos, c'est simplement qu'ils ne jouent pas à cela parce que c'est définitivement trop toxique. L'idée est simple : 12 portraits animés de bleu, en 45 secondes : c’est juste le temps qu’il faut pour se déshabiller. Décomplexée, la série ambitionne de changer l'image des hommes en en exposant le corps nu au repos, tout d’abord, mais surtout leur parole intime. C'est d'un effeuillage dont il s'agit, avec en voix off un récit singulier ou une réponse à la question : "Comment tu te sens dans ton corps ? Tu te sens comment en étant nu ? Comment tu vois ta place dans la société d’aujourd’hui ?".

La mise en scène repose sur la banalité des gestes. Se déshabiller certes c'est banal même si se déshabiller en présence d'inconnus ne l'est pas forcément. Le stylo bic, c'est le plus banal des stylos du monde et Francisco Bianchi l'utilise à merveille. La nudité n’est que le moyen de rendre une parole plus sobre, en la dépouillant des tentations liées au paraître. Habillé, l'homme forge une image. Nu, il doit lâcher prise. Forcer d’abord les hommes à s’exposer physiquement, en préalable à l’entretien ... c'est la démarche..

Et comme lorsque j'embarque la discussion sur le sexe, sans détours et avec une précision glaçante, le producteur de la série [Benjamin Bonnet] estime le strip indispensable à la démonstration comme il le racontait à Libération : "le combat pour l’égalité homme femme ne se gagnera que si on redéfinit la virilité autrement que comme un outil de domination. Or on s’aperçoit bien que se mettre nu (donc dans une forme de vulnérabilité) oblige à se reposer la question de son phallus triomphant." Il faut donc d’abord faire renoncer à la posture artificielle et construite de la dureté virile, posture qui pourrit la vie de tant d'hommes. Les comportements construits et attendus dérivent en effet tous de l’équation "mâle = érection". Pour être un homme, il faut être fort, donc bander, donc ... on fait d'abord imploser cela. 

Viennent ensuite des tranches de vie, des authenticités incroyables ... France.tv a  acheté la série pour la diffuser sur sa plateforme numérique en octobre 2020.

Les garçons bleus :
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Tto, peut-être bientôt tout bleu