J'avais toutes les bonnes raisons de redouter ces fêtes : fatigue persistante, agacements divers et très variés, faits d'hiver et autres m'avaient laissé entrevoir que ce ne serait pas, cette année, le moment doux et chaleureux dont j'avais pourtant besoin. Il avait déjà fallu repousser l'invitation de ma belle-mère, pourtant très appuyée, mais je n'avais pas envie de me coltiner l'ambiance de carnaval vénitien où tout peut s'enflammer aussi vite que du papier flash de magicien et surtout que repose sur mes seules épaules le fait que les uns et les autres acceptent de discuter un peu ou, à tout le moins, de faire vaguement semblant. Ca non ...
Je ne pensais pas que finalement cela aurait été la même chose chez mes parents.

gateau Noel

J'avais toutes les bonnes raisons de redouter ces fêtes : se lancer dans un nouveau dessert assez inédit sans l'avoir testé, à la sauvage comme ça. Et pourtant, well done et même à la quasi-perfection avec aménagement puisque j'ai fait le choix de remplacer de la confiture de fruit par une ganache chocolat blanc.
Je ne pensais pas que ce serait si bon.

J'avais toutes les bonnes raisons de redouter ces fêtes : les enfants, c'est génial mais toute une journée plongé dans le bruit, les cris, les colères et autres caprices qu'il faut en partie imputer à la sur-excitation de Noël, ça je savais que ce serait dur et difficile. Je ne m'étais pas trompé.
Je ne pensais toutefois pas que ce fût à ce point éprouvant à telle enseigne que sortir promener le chien de mes parents était une porte de sortie jadis terrifiante, dimanche salvatrice.

J'avais toutes les bonnes raisons de redouter ces fêtes : je vois mes parents décliner gentiment mais sûrement à raison de l'âge de leurs artères sauf qu'ils ne l'acceptent pas et s'obstinent à faire comme si de rien n'était. Mon père se lance dans une salle de bains à refaire de la chape de béton au plafond en évitant d'écouter les bons conseils des uns et des autres pour au final se rendre compte qu'il aurait dû et qu'il faut donc refaire, prolongeant ainsi sur plus de trois mois lesdits travaux. Ma mère se pique toujours de faire un grand repas de Noël, décliné en trois actes : réveillon, déjeuner et dîner de Noël avec des choses différentes et gloutonnes en temps et en énergie ... sauf qu'elle a du mal et qu'à la réflexion, je suppléé en tout pour tout.
Je ne pensais néanmoins pas que le décalage entre l'idée qu'ils se font d'eux-mêmes fut à ce point fort et frappant, me condamnant à jouer les casques bleus sur à peu près tous les chantiers en même temps.

J'avais toutes les bonnes raisons de redouter ces fêtes : je n'ai pas une journée de repos possible cette année et comme Noël tombe un dimanche, évidemment la propension qui serait le mienne de recouvrer un peu de force est quasi nulle. Résultat, j'accumule la fatigue, je m'enerve pour à peu près tout et parfois n'importe quoi [l'inconstance de Zolimari hier soir m'a bien gavé !] et j'en viens à me dire que non, l'année prochaine je n'ai pas envie de m'imposer tout cela, pas envie de me taper la crise de nerfs sur les listes de cadeaux qui sont mal foutues, pas envie de parer les débordements d'où qu'ils viennent, pas envie de prendre encore sur moi alors que si je m'étais écouté je me serais barré dimanche après-midi pour rentrer chez moi et être un peu au calme, pas envie de me faire engueuler comme dimanche soir parce que je n'avais pas entendu qu'il ne fallait pas manger ce qu'il y avait sur la table mais attendre que les soufflés au foie gras arrivent, pas envie de jouer les pompiers parce que ma mère a loupé par deux fois sa bûche et que j'ai rattrapé la seconde comme si de rien n'était, pas envie de supporter dans tous les sens du terme, pas envie ...
Je ne pensais pas que je serais en rejet à ce point.

Pourtant, j'ai été gâté mais je n'ai jamais considéré que les cadeaux étaient une monnaie d'échange et qu'une conception judéo-chrétienne devait me faire goûter le sable pour que je me félicite d'être sur une plage. En gros, je n'ai pas à souffrir pour profiter ou recevoir.
Comme tu l'imagines, je suis donc bunkerisé, très braqué, assez inflammable et lassé de me dire que si je ne joue pas ce rôle là, tout partira dans tous les sens. Ma statue de gardien du temple m'encombre. Même pour le 31, parce que je n'ai pas pris la peine de monter quelque chose, rien n'est à l'agenda. Par principe, je pense que je n'ai pas envie et que Zolimari sombrant vers 23h comme tous les ans, ça va bien me dégommer.

"Mon pauvre chéri" me balançait Zolimari hier quand je lui confiais qu'il y avait encore des problèmes de trains. Finalement, j'en ai marre d'entendre des "mon pauvre", des "tu devrais prendre du recul", des "pense à toi" ou autres figures imposées du genre. Les paroles me saoulent en fait parce que j'en goûte tous les jours l'inconsistance et le côté facile voire confortable pour ceux qui balancent ça sans vraiment y croire ni le penser. J'ai de plus en plus de mal avec les gens qui parlent beaucoup et ne font pas grand chose, qui prodiguent de bons conseils en se faisant surtout plaisir à eux et sans vraiment appréhender la situation dans laquelle ces conseils sont censés s'inscrire. Bref, les faux-semblants me deviennent insupportables.

Tto, qui trouve qu'en ce moment il est bien gâté