tto___la_world_company

Bon alors ... tu veux forcément que je te raconte pour hier ... et ça tombe bien : j'ai envie de t'en parler pour ne plus y revenir.

Je pense avoir touché le fond, hier, de l'improductivisme le plus effroyable [même si je dois reconnaître avoir été consulté in fine et en urgence pour deux problèmes que je pouvais seul résoudre à en croire mes interlocuteurs]. Sans véritablement l'avoir anticipé, une phrase est revenue avec régularité dans ma bouche : "toutes les bonnes choses ont une fin" [la variante étant "il faut une fin à toute chose"].

Je suis arrivé vers 9h20 à la World Company, après m'être baladé un peu histoire de profiter du temps que j'avais à disposition ...
Je me suis rapidement mis à l'établissement de la liste de diffusion de mon message d'au revoir qui était prêt depuis quelques jours [bah oui ...]. J'ai balayé tous les organigrammes pour n'oublier personne et, finalement, à 17h10, j'ai constaté avec horreur que j'avais oublié au moins quelqu'un [comme quoi, l'exercice confine à l'impossible selon moi].

En dernière minute, je suis parvenu à obtenir la copie sur DVD de mes archives perso [il faut toujours savoir rappeler aux gens qu'on leur a rendu de généreux services par le passé ...] et puis, j'ai rempli mon dernier carton. Les visites se sont succédées, les appels aussi ...

A midi, je me suis réinstallé à mon bureau, j'ai relu ma bafouille de départ, j'ai corrigé quelques formules, ajouté un peu d'acidité [parce que je suis incurable] et j'ai profité du déjeuner de tous pour balancer la sauce ... Pas moins de 140 destinataires internes et une dizaine d'externes avec lesquels je retravaillerai assurément sous d'autres cieux. Je me suis beaucoup interrogé sur le point de savoir si j'indiquais mon numéro de téléphone de star ... et je ne l'ai finalement pas fait parce que certains destinataires ne le sont que par pure politesse à l'égard de personnes que j'aime bien.

Et puis, je suis allé, une dernière fois, à mon Monop ... Oui, j'avais décidé de déjeuner seul hier midi.

Et puis l'après-midi est passé vite ... Mon envoi a décuplé les visites, les réponses ont plu et je ne me suis finalement pas rendu à l'ultime réunion au cours de laquelle j'aurais pu croiser la trisomique [cela m'aurait amusé mais probablement agacé aussi ... et je n'avais aps envie de lui offrir l'opportunité de me saluer, préférant la laisser dans son mépris stérile et piteux].

Nous avons ri encore, avons évoqué quelques souvenirs, j'ai essayé d'avoir des paroles rassurantes, j'ai promis de ne pas couper les liens et j'ai accepté les nombreuses invitations à déjeuner pour septembre et octobre prochain.

Vers 17h, je suis monté à la DRH où l'on m'a remis mon solde de tout compte. J'ai noté un joli chiffre qui va permettre d'en faire des choses [y compris de payer vachement plus d'impôts], j'ai remis mon pc portable et voila ... En revenant à mon bureau, mon chef est passé me dire qu'il s'en allait alors je lui ai emboîté le pas. Comme deux porcelaines fragiles, nous avons une dernière fois parcouru ce couloir en faisant comme si je ne faisais que partir en vacances alors que nous savions fort bien que c'était la dernière fois que je lui parlais en subordonné. Notre timidité réciproque nous interdisant de nous dire des choses émouvantes, il n'a rien dit sur l'hommage public que je lui ai rendu et je ne lui ai pas dit dans le blanc des yeux que j'avais été ravi de travailler dix ans avec lui.

Mon carton dans le coffre, j'ai démarré ma voiture, remonté les deux étages du parking, passé mon badge pour la dernière fois laissant derrière moi le siège social de la World Company, mon bureau incroyablement nickel [comme jamais il ne le fut] et dix années intensément mémorables. La barrière s'est levée, j'ai tourné à droite et j'ai accéléré ... sans me retourner. Le carillon a sonné : il était 18 heures.

Tto, qui recommencera ailleurs le 5 septembre prochain