tto___la_world_companySi tu as déjà eu le plaisir exquis voire extrême de travailler avec un professionnel fantasbuleux comme moi, il n'y a pas d'aléa : tu auras forcément entendu au moins une vingtaine de fois l'une de mes expressions favorites que je distille avec malice à tous mes interlocuteurs ...

Procédons aujourd'hui à un petit inventaire avec la grille de lecture qui va avec [et qui s'avère souvent bien nécessaire pour échapper aux affreuses roueries du fléau que je suis] :
- "Admiraaaaaaaaaaaaaaaaaable" ... Rares sont ceux qui ne se sont pas pris un emphatique "Admiraaaaaaaaaaaable", tellement théatral qu'il me confond d'incrédulité lorsque je m'aperçois que mon interlocuteur s'imagine qu'il faut y voir forcément un compliment.

- "Dans la pureté des principes" est mon expression favorite pour expliquer qu'il y a des choses qui ne sont pas censées bouger et que donc, aussi dur que la Terre est ronde et que demain il fera jour, on ne va pas perdre de temps à en discuter pendant des lustres considérant que j'ai clairement plein d'autres choses [évidemment] bien plus passionnantes à faire. Le souci, c'est que je fais passer plein de choses dans la pureté des principes ...

- Face à une idée crétine, j'aime bien dire "on en rediscutera quand on aura trouvé des oeufs carrés, hein ?" ce qui sonne souvent l'enterrement en prmière classe de la génialissime idée marketing sur laquelle tout le monde phosphore depuis des lustres et que je fusille en deux minutes après avoir pris connaissance du caractère vertigineusement dangereux de celle-ci ...

- Devant un hurluberlu qui aurait décidé de partir avant 18h30, je dégaine forcément "Tiens, tu as pris ton après-midi ?" ou un plus vachard : "Tu sais, plutôt qu'on te donne des jours de congés, on ferait mieux de demander à la DRH de négocier avec toi des jours de travail, ça simplifierait les choses". Une journée de vacances se transforme en vacances, une demi-journée devient une désertion et un départ anticipé du vendredi après-midi se traduit par un "Ah oui donc tu te fous des intérêts de la World Company que tu sacrifies sur l'autel de tes petites priorités égocentriques et mesquines !!!!".

- Les remarques provocantes et vaguement sexistes sont aussi un petit plaisir ... non que je le sois, c'est juste que j'adore la débilité profonde d'une féministe décérébrée qui traque toute allusion comme si c'était d'une importance vitale. Aussi les "déjà que les filles ont le droit de vote" et autres "depuis qu'on a  eu l'imprudence de vous donner le permis de conduire", je me suis fait des amies qui n'ont toujours pas compris le caractère sarcastique de mes remarques et ont cru que j'étais un dangereux "sexiste ... totalement mysogine", au royaume de la tautologie j'ai trouvé des orfèvres. Mon plus fameux recyclage est sans conteste le jour où l'on devisait sur la prétendue plainte d'une salariée qui hurlait à la discrimination pour obtenir une promotion injustifiée objectivement que je balance : "Mouais ... est-ce qu'un mec aurait fait mieux je n'en sais rien mais ce que je sais c'est qu'on ne peut pas renier 2.000 ans d'histoire" ... tout ça pour signaler que depuis 2.000 ans, la suprématie des hommes avait été assez ... marquée dirons-nous.

- Parce qu'à la World Company comme ailleurs, on t'en demande toujours plus que davantage, j'ai sêché un grand ponte qui accumulait les demandes hallucinantes comme s'il s'était agi d'une avalanche en disant : "Vous savez, Maurice, aussi incroyable que cela puisse paraitre, mes minutes sont comme les vôtres, elles ne comptent que 60 petites secondes". Il m'en a toujours voulu ...

- "Alleeeeeeeeeeez, sois sympa Tto. Est-ce que tu peux me balancer tes observations d'ici la fin de la semaine ?" Ah les suppliques ... Rares sont ceux qui me tutoient mais quand en plus, ils usent et abusent de ce tutoiement pour obtenir de ma part un traitement de faveur au motif qu'il y aurait davantage de proximité qu'avec d'autres, j'ai toujours répondu : "Mais ... tu sais ... je ne suis pas payé pour être sympa". Il y a une variante lorsque l'on semble m'avertir du péril imminent qui me guette si je ne fais pas ci ou ça ... A cela, une réponse très simple : "Et alors ? Il/elle va me détester ? Et après ? Je n'ai pas fait ce métier pour être populaire de toute façon." Ca calme toujours ...

A côté de tout ça, il y a les petits bonus.
- En réponse à un "ça va ?", je réponds souvent "ça allait jusqu'à ton appel" ...
- Plutôt que de dire "Allo ?" ou même donner mon nom en entrée de conversation [genre "Tto bonjour ..."], je prends une voix épouvantable et je balance sec comme une trique "qu'est ce que c'est ?" ... hi hi hi, ça fait toujours mouche.
- Quand un homme se pointe sans cravate, il se prend forcément un "Vous faites une allergie ?" ou le "C'est déjà le week-end ?" ou encore le "Il était conseillé de s'habiller n'importe comment ce matin ?" ...
- En cloture de réunion, y a toujours quelqu'un qui se croit obligé de dire "c'était une bonne réunion, bien utile. Ca m'a fait plaisir." ou un truc du genre. Je rétorque fréquemment "J'aurais aimé pouvoir dire la même chose" en soupirant un peu ...
- Devant quelqu'un qui arrive en retard [et qui est récidiviste puisque j'excuse quand même un premier retard], j'avoue me déchaîner à lui signaler que j'allais appeler les secours puisqu'il avait forcément du se trouver mal quelque part puisque s'il avait du être en retard, la correction élémentaire eût été de me prévenir. Forcément, après, j'informe que l'heure de fin  de la réunion sera respectée à la seconde et je perds du temps pendant nos échanges pour qu'il reparte sans que nous ayons fini ...
- Quand une nouvelle coiffure m'est présentée, je ne peux résister au plaisir de dire "Y a quand même des coiffeurs salauds !" ...
- Et puis, il y a les gens en tshirts ou polo au boulot que j'admoneste par un "Tiens ? Une tenue de déménageur aujourd'hui ?" et les gens qui tentent des couleurs pas possibles qui se prennent un "Je peux prendre une photo ? C'est pour régler ma télé ..."

Certains trouvent que je suis violent, c'est une erreur : je ne suis que sarcastique et un peu corrosif mais jamais méchant.

Tout ça, c'est du bonheur, du plaisir mais c'est vrai qu'à force, on me connaît par coeur donc ... les coups sont plus anticipés. Pas grave, cela me force à être innovant, créatif et encore plus taquin ! Et tu me croiras ou pas, mais même avec tout ça [qui n'est que le quart de la moitié de ce que je fais en vrai], on n'arrête pas de me dire qu'on va me regretter. A cela aussi j'ai une réponse toute faite : "il n'y a que les cimetières qui soient peuplés de gens que l'on puisse regretter."

Tto, affreux mais jojo